Dans le grand jeu de poker menteur entre distributeurs et industriels, chacun joue sa partition et présente patte blanche. Invité ce jeudi matin sur RMC, le président de l’Institut de liaisons des entreprises de consommation – Ilec -, Richard Panquiault, a défendu les intérêts de ses adhérents, s’élevant contre l’accusation selon laquelle ceux-ci seraient des «profiteurs».
Une fois le projet de loi sur les négociations commerciales passé, industriels et distributeurs pourront se remettre autour de la table pour discuter des prix des produits. Les échanges s’annoncent pour le moins musclés, alors que les premiers composent avec certains intrants toujours en hausse, tandis que les seconds souhaitent voir les étiquettes baisser dans les rayons. Le résultat des négociations devrait donc être mitigé, a prévenu le patron de l’Ilec : «Tout ne va pas baisser, c’est impossible», a-t-il souligné, alors que certains coûts continuent d’augmenter pour les entreprises, comme le «plastique recyclé».
Le bilan sera donc «contrasté». Certains produits, comme la volaille, le blé ou les huiles végétales ont déjà vu leurs tarifs diminuer. D’autres devraient suivre cet exemple : «Ces cours à la baisse seront répercutés, [mais] il y en a d’autres» dont les coûts continuent d’augmenter, a martelé Richard Panquiault.
Sur le plus long terme, les géants de l’agroalimentaire doivent aussi encaisser des «facteurs plus structurellement inflationnistes». Le représentant d’enseignes comme Bic, Bel, Candia, Bonduelle ou Heineken a ainsi cité en exemple les conséquences des «phénomènes climatiques», qui mènent à des hausses de prix via des pénuries, tsunami, sécheresses et dérèglements des chaînes de production. De même, la transition écologique des entreprises, par exemple pour développer des emballages recyclables, nécessite d’importants investissements qui vont peser sur les comptes des structures. Autant d’éléments qui pourraient les pousser à augmenter leurs prix.
Le représentant de l’Ilec a par ailleurs critiqué la «rigidité» du système français, dans lequel les hausses comme les baisses de prix sont difficiles à faire passer, y compris, parfois, car la grande distribution veut maintenir ses prix. Il a également défendu les industriels, que les distributeurs accusent d’être trop gourmands sur leurs tarifs. Un «mauvais procès», selon Richard Panquiault. Sur les cinq dernières années, l’excédent brut d’exploitation – EBE – des grandes entreprises du secteur s’établissait à 5% en France, «trois fois moins» qu’au niveau international, a-t-il argumenté, soulignant la «rentabilité faible» que parviennent à dégager ces acteurs dans l’Hexagone. De quoi mettre en péril «l’attractivité de la France». «Les marges sont faibles, et elles ne se sont pas améliorées», a-t-il conclu.
Cette prise de parole intervient alors que l’exécutif espère convaincre industriels et distributeurs de conclure un accord sur la «modération des marges», selon les mots d’Emmanuel Macron. «C’est insupportable de voir tant de nos compatriotes qui sont dans cette situation, de devoir choisir des biens essentiels pour eux, pour leurs enfants, pour leur famille. Personne ne doit profiter de cette crise», a lancé le président de la République, la semaine dernière. Depuis, les distributeurs rejettent la faute sur les industriels, et soulignent à cor et à cri leur propre combat pour faire baisser les prix.