Les tricheurs se font la part belle lors de l’examen du Code de la route, si l’on en croit les chiffres des syndicats. «Il y a 40% de fraude, aujourd’hui, en France, et on en voit de plus en plus», précise au Télégramme Annaïg Serpin, déléguée régionale pour le syndicat des inspecteurs, Snica-FO, et inspectrice depuis 2002. De son côté, la délégation à la sécurité routière reconnaît que c’est «un sujet connu et une réelle problématique», sans toutefois confirmer ces 40% de fraude.

En cause, l’externalisation du Code de la route, adopté en juin 2016. Depuis cette date, l’examen peut ainsi être organisé par des sociétés privées, une fois l’agrément de l’État obtenu. Auparavant, tous les candidats devaient se rendre dans un centre de préfecture et être surveillés par des inspecteurs de l’État. Désormais, huit organismes agréés possèdent leurs centres et leurs propres examinateurs : SGS avec sa marque commerciale ObjectifCode, La Poste, Code’nGo (Bureau Veritas), Pointcode (PearsonVue), Dekra, FranceCode, Exacode et Easy Code. Or, certains ne surveillent pas scrupuleusement l’examen ou, pire encore, organisent eux-mêmes les fraudes.

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Sur les réseaux sociaux, de multiples annonces proposent «d’aller passer le code à votre place, pour 300-400 euros», souligne Annaïg Serpin. Dans d’autres cas, la fraude provient directement des examinateurs, comme l’indique le préfet de Mayotte, dans un communiqué du 12 avril : «Plus d’une centaine de permis frauduleux, bénéficiant à des personnes domiciliées tant à Mayotte, qu’à la Réunion ou en métropole, auraient été délivrés sur la base d’un examen théorique validé contre rémunération oscillant entre 600 et 1200 euros.» Des poursuites judiciaires ont été lancées à l’encontre des individus impliqués.

«Certains opérateurs font appel à des autoentrepreneurs pour superviser ces examens, ce qui conduit à ces dérives, alors que ce n’est pas le cas pour ceux qui ont uniquement recours à des salariés, beaucoup plus identifiables en cas de contrôles», pointe Patrick Bessone, président national «Éducation et sécurité routière» chez Mobilians. À noter que la triche au Code de la route est un délit puni de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. Les fraudeurs peuvent également être dans l’impossibilité de passer un examen lié au permis de conduire durant cinq ans.