Malgré les alertes qui se multiplient, la courbe continue d’augmenter. Après avoir dépassé le seuil hautement symbolique de 3000 milliards d’euros au premier trimestre, sur les trois derniers mois, l’endettement tricolore a de nouveau crû, selon l’Insee. Publiée ce vendredi matin, une note des statisticiens nationaux indique ainsi que la dette publique a dépassé 3040 milliards d’euros, atteignant même 3046,9 milliards d’euros.

Dans le détail, la dette a progressé de 34,5 milliards d’euros. En valeur absolue, elle poursuit donc sur sa lancée, portée par l’État, alors que la dette des administrations locales, de sécurité sociale et des organismes divers «diminue». «Toutefois, exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) et compte tenu de la forte croissance du PIB en valeur au deuxième trimestre, elle diminue de 0,7 point par rapport au premier trimestre 2023 et s’établit à 111,8 %», précise la note.

La croissance de la dette publique s’est emballée, ces dernières années. Établie à 1000 milliards d’euros en 2003, l’Insee avait annoncé son franchissement de la barre des 2000 milliards d’euros il y a neuf ans, presque jour pour jour, le 30 septembre 2014. La crise sanitaire lui a, ensuite, redonné un coup de fouet, la faisant bondir de 640 milliards d’euros entre fin 2019 – 2375 milliards – et début 2023 – 3013 milliards. En pourcentage du produit intérieur brut, l’évolution est tout aussi frappante : après une décrue entre 2017 et fin 2019, le «quoi qu’il en coûte» a pesé lourd, engendrant une envolée de fin 2019 à début 2023, de 97,4% à 112,5% du PIB.

En matière d’endettement, la France fait partie des mauvais élèves de la zone euro, avec un bilan particulièrement médiocre. Non seulement le ratio compte parmi les plus hauts parmi nos partenaires – seuls la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne faisaient pire, selon une note d’Eurostat en juillet dernier – mais la tendance n’est pas bonne. Alors qu’Athènes, Madrid, Lisbonne et nombre d’autres capitales multiplient les efforts pour diminuer leur endettement, Paris poursuit sur sa lancée. De quoi susciter les remontrances de la commission européenne.

Il faut dire que le contexte a bien changé. Alors que l’Hexagone pouvait, comme ses partenaires, s’endetter pour rien, le coût de l’argent a bondi depuis fin 2021, à mesure que les taux augmentaient. En matière d’endettement, les prévisions présentées ce mercredi par Bercy, dans le cadre du projet de budget 2024, sont peu rassurantes : le déficit diminuerait à 4,4% l’an prochain, et l’endettement stagnerait pendant plusieurs années autour de 110%. Un avis partagé par la Banque de France, dans ses dernières projections macroéconomiques.

La charge de la dette va mécaniquement augmenter, bondissant de 52 milliards, en 2024, à 61 milliards, en 2026. Parallèlement, la France devrait emprunter un montant record sur les marchés cette année… «Dans un contexte où la progression importante de la charge d’intérêts contribue à accroître les dépenses, le PLF contient peu de mesures d’économies structurelles […] et prévoit une quasi-stabilité du taux de prélèvements obligatoires», sanctionnait logiquement le Haut conseil des finances publiques, dans son avis sur ce texte.