Les files d’attente devant les stations essence sont-elles de retour ? Cinq mois après les grèves dans les raffineries françaises, un nouveau conflit social perturbe l’approvisionnement à la pompe. En cause : la paralysie de ces mêmes raffineries par la CGT-Chimie pour s’opposer à la réforme des retraites. Depuis quelques jours, les blocages s’intensifient dans ces lieux de production comme dans certains des 200 dépôts de l’Hexagone. La conséquence ne s’est pas fait attendre : 14,4% des stations-service du pays ne disposaient pas hier à 13h, soit d’essence (SP 98, SP95, E10), soit de diesel, selon les calculs effectués par Fig Data.
À l’instar d’octobre dernier, les difficultés varient fortement en fonction de votre département. La Loire-Atlantique est désormais le territoire le plus touché. 55,2% des pompes y déclaraient ce mercredi une rupture. Même chose en Ille-et-Vilaine qui compte aussi près de la moitié de ses points de vente «en difficulté». Le reste de la Bretagne ainsi que, dans une moindre mesure, la Normandie sont également durement touchés.
Situation toujours tendue dans les Bouches-du-Rhône malgré une très légère amélioration avec moins de 50% des stations impactées par une pénurie. Le pourtour méditerranéen reste particulièrement concerné. Les ruptures se multiplient également en Île-de-France. À Paris, 10,4% des pompistes déclarent des difficultés et près de 15% dans le Val-de-Marne. À l’inverse, le nord-est du pays semble pour le moment épargné.
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Pour faire face à la situation, le ministère de la Transition énergétique a annoncé ce mardi «la réquisition» de «trois salariés par relève» au dépôt de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), qui approvisionne avant tout les pompes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’est de l’Occitanie. Il expédie aussi du carburant via un oléoduc vers la région lyonnaise.
Les préfectures du Gard et du Vaucluse ont par ailleurs décidé ce lundi de limiter les ventes de carburants, jusqu’à jeudi, tout en interdisant la vente de produits dans des jerricans. Les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence ou le Var, ont annoncé mercredi un rationnement des quantités de carburant disponibles à la pompe. À Marseille, 11 stations-service du département seront réquisitionnées de mercredi à vendredi matin, afin d’assurer le ravitaillement des véhicules «prioritaires».
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Sur les 200 dépôts pétroliers du territoire, «entre cinq et huit» sont ainsi bloqués, selon l’Ufip, syndicat professionnel des entreprises pétrolières. Chez TotalÉnergies, seule la raffinerie de Feyzin (Rhône) fonctionne sur les quatre que compte le groupe. Les grévistes empêchent cependant le carburant de sortir. Les trois autres, Gonfreville-l’Orcher, Donges et La Mède, sont également arrêtées. La raffinerie Petroineos, située à Lavéra (Bouches-du-Rhône), s’est pareillement arrêtée à cause de la grève.
Les deux raffineries d’Esso-ExxonMobil tournent encore : celle de Fos-sur-Mer fonctionne en débit minimal, celle de Port-Jérôme-Gravenchon, qui commençait à manquer de pétrole à raffiner, en a reçu lundi, selon Eric Sellini de la CGT-Chimie, mais les expéditions restent bloquées.
Côté prix, le mouvement de blocage des raffineries a provoqué un léger sursaut. L’essence a ainsi augmenté de deux centimes cette semaine, le litre de SP98 se stabilisant légèrement sous les deux euros, à 1,99€. C’est cependant dix centimes de plus qu’au début de l’année, sous l’effet de la fin des ristournes accordées par le gouvernement et par TotalÉnergies. Le gazole, lui aussi, s’est renchéri cette semaine mais toujours sous son niveau de janvier 2023. Il coûtait en moyenne ce jeudi 1,85€ par litre.
Méthodologie : Pour les chiffres nationaux ou régionaux, nous avons utilisé les données publiques disponibles sur prix-carburants.gouv.fr (fichiers annuels), qui centralise les données déclaratives des stations-service. Ne sont prises en compte que les stations-service de France métropolitaine qui vendent plus de 500m3 de produits pétroliers par an, en écartant le E85 et le GPL, beaucoup moins utilisés.
Nous avons considéré qu’une station distribue habituellement un carburant si elle déclare au moins une rupture ou une variation de prix en 2023 sur ce carburant. Comme le ministère de la Transition énergétique, nous avons considéré qu’un lieu d’approvisionnement n’est pas en rupture d’essence si elle est toujours alimentée par au moins un des trois types de ce carburant : SP-98, SP-95 et E10.
Une station est considérée « en difficulté » si :
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