Ce mercredi, Marseille s’est réveillée avec le bourdonnement des tensions entourant l’OM. Les épisodes et les rumeurs se bousculent. Dans la cité phocéenne, le club occupe une place à part. Unique en France. Les tourments du club parviennent à faire l’actualité alors que Marseille accueille l’équipe de France de rugby (ce jeudi contre la Namibie) en Coupe du monde et s’apprête à recevoir le Pape François (ce vendredi et ce samedi).

L’OM, club sens dessus dessous depuis une réunion volcanique des dirigeants avec les supporters ce lundi marquée par des menaces frontales. «Vous quatre et votre coach de DH, si vous ne partez pas, vous verrez», aurait, selon L’Équipe, tonné Rachid Zeroual, leader des South Winners, principal groupe de supporters du club. «Tout le monde a dit ce qu’il fallait dire. C’est vrai que Zeroual est un garçon qui connaît bien le système, qui parle un peu plus fort que les autres. Tout le monde a été d’accord sur ce qu’il a dit. Mais les Dodgers, les Ultras, tout le monde a parlé», a raconté René Poutet, le président du Handi Fan Club OM dans La Marseillaise.

L’OM secoué jouera ce jeudi à Amsterdam contre l’Ajax en Ligue Europa. Avec un peu (beaucoup) la tête ailleurs. Dans ce contexte exacerbé, un mot clé a surgi sur les réseaux sociaux (

Rachid Zeroual s’était retrouvé au cœur du chaos en janvier 2021 quand la colère de 300 supporters avait débordé et conduit au saccage des locaux de la Commanderie, le camp d’entraînement de l’OM. Il avait écopé de neuf mois de prison dont cinq avec sursis. «Je suis la bête noire, ils essayent de nous faire baisser les bras, mais je n’ai rien à me reprocher, je ne suis pas rentré dans la Commanderie», s’était défendu le président des Ultras qui, souffrant d’une maladie, s’appuie sur des béquilles. Il avait également été condamné en 2003 à trois mois de prison ferme pour violences entre supporters.

«Rachid est sûr de sa force, il vous secoue, mais il a un grand sens tactique. Il a certes un pouvoir de nuisance mais aussi d’attractivité pour le club», résumait Christophe Bouchet, ancien président de l’OM, dans Le Monde en évoquant le leader des Winners (club de supporters marseillais, né en 1987).

Sur France 3 dans un numéro de Pièce à conviction, Rachid Zeroual assurait avoir été, en 2012, à l’origine du départ de Didier Deschamps, alors entraîneur : «Je n’allais pas laisser un petit nabot, petit napoléonien, crier haut et fort qu’il allait me faire couper la tête par des gens dans ma propre ville. Il était parti dans un restaurant, et je suis allé dans ce restaurant pour aller le remuer un peu, pour aller lui demander si c’était Sarkozy qu’il voulait m’envoyer ou les voyous. Quand j’ai vu qu’il ne savait plus me répondre, que c’était la vérité et qu’on ne m’avait pas menti, et qu’il bégayait, je lui ai donné un conseil, c’était de partir de l’Olympique de Marseille. Que s’il m’arrivait quelque chose, derrière, il suivait (…). Et il est parti de l’OM. Je l’ai fait trembler de tout son corps. Je lui ai dit que je lui décapsulerais la tête de ses épaules.»

À VOIR AUSSI – Le magnifique but de Moses Simon lors de Clermont-Nantes le 17 septembre dernier (0-1)

À Marseille, plus qu’ailleurs, les supporters font la vie du club. Bernard Tapie, durant sa période à la présidence de l’OM, avait fait de la relation avec les supporters un point de départ incontournable. L’OM avait ainsi pris l’habitude de mettre 30.000 abonnements à disposition des associations de supporters qui les revendaient à leurs membres.

«Qui d’autre rend plus heureux que l’OM à Marseille ? Le problème, et notre grande responsabilité, c’est qu’il nous arrive aussi de rendre les Marseillais malheureux…», avait un jour résumé Jacques-Henri Eyraud dans Made in Marseille, le site d’information en ligne de la cité phocéenne. Lui, le Parisien qui avait voulu mettre un terme à «l’OM du chaos, des magouilles, des chroniques judiciaires» a ferraillé, souffert, courbé l’échine, avant de devoir s’effacer. Comme Jean-Michel Roussier, Yves Marchand ou Christophe Bouchet. «Sa mise à l’écart de la présidence est un grand pas», avait, en 2021 lancé Zeroual après le départ de l’entrepreneur parisien.

«Si les dirigeants prennent des décisions défavorables à ces groupes, ils sautent», rapportait Louis Acariès, ancien conseiller de Robert Louis-Dreyfus, l’ancien propriétaire de l’OM dans une enquête du Monde. José Anigo ajoutait : «Qu’est-ce qu’il reste au sein des groupes et de l’histoire des ultras ? Zeroual, le boss, le dernier des Mohicans…» Toujours prompt à souffler sur les braises. Mais rattrapé par l’exaspération de certains supporters.

Parmi les supporters déclarés de l’OM, Julien Benneteau, capitaine de l’équipe féminine de Fed Cup a, sur X, résumé, désabusé : «Ce sont ces ultras du club qui devraient ne plus venir au vélodrome … le meilleur président depuis longtemps, passionné et connaisseur du football menacé par des gens qui pensent que le club leur appartient …. Pitoyable.»